Henri Loevenbruck www.henriloevenbruck.com
Le site officiel

ENTRETIEN AVEC STEPHANE MARSAN (mai 2005)

Henri Loevenbruck est l'auteur de deux trilogies de Fantasy : La Moïra (la Louve et l'enfant, la Guerre des loups, la Nuit de la louve) et Gallica (le Louvetier, la Voix des brumes, les Enfants de la veuve). Précédemment, il avait été rédacteur en chef de Science-Fiction Magazine et directeur de l'anthologie Fantasy au Fleuve noir, tous deux avec Alain Névant. Il a également publié un thriller chez Flammarion : Le Testament des siècles.
La parution des
Enfants de la Veuve en mars 2005 nous donne l'occasion d'un entretien avec cet auteur qui a rencontré le succès dès son premier roman.

Les Enfants de la veuve est le 3e et dernier tome de Gallica, qui elle-même faisait suite à La Moïra, dont le premier tome avait paru en janvier 2001. C'est donc en quelque sorte un cycle commencé en janvier 2001 qui s'achève. Quatre ans et demi plus tard, es-tu resté le même ? Avais-tu en tête cette saga en 6 volumes quand tu as écris les premières lignes de la Louve et l'enfant ?
En réalité, si on compte le temps de rédaction et de publication du tout premier volume, on approche les six ans. Six ans de ma vie, si romans de Fantasy attachés à un même univers… Je ne m'attendais vraiment pas à en écrire six, au départ ! Je n'avais pas vu plus loin que la trilogie de La Moïra… Mais l'envie de faire une œuvre de Fantasy plus personnelle - La Moïra, au fond, est assez classique - s'est imposée à moi ; ainsi est née Gallica, qui, pour moi, compte beaucoup plus.
J'ai beaucoup changé en six ans. Et surtout, bizarrement, là, en un an. Tu m'aurais posé la même question l'an dernier, je t'aurais sans doute dit que non, je ne change plus beaucoup, bien moins qu'avant en tout cas… Et pourtant ! Pourtant, oui, à plus de trente ans, on continue de changer. D'abord, j'ai eu deux enfants, et ça, pour du changement, c'est du changement ! Dans ma vie privée comme dans ma vie d'écrivain ! Les voir grandir, là, pousser, apprendre, découvrir, cela change mon regard sur l'écriture. Sur la vie.
Ensuite, j'ai vécu des choses personnelles que je ne m'attendais pas toujours à vivre… Des choses magnifiques ou des choses dures, mais qui, toutes, m'enrichissent. Qu'elle soit pénible ou douce, la vie, c'est déjà beaucoup de pouvoir la sentir, là, si fort, si intense ! J'aime me sentir vivre, j'aime me sentir vivant, et tant pis si c'est parfois dans la souffrance… Rien ne m'angoisse plus que la fin. La fin d'un livre. La fin d'une relation. La fin de la vie… C'est sans doute le moteur de mon écriture, comme je le dis dans Adynata, la nouvelle publiée dans cette revue. L'amour et la mort.
Sur le plan littéraire, il y a eu pour moi une véritable évolution, dont, je crois, Adynata est l'une des expressions. Je ne sais pas si c'est un changement positif ou négatif, mais je commence à prendre conscience de mon métier. Pendant sept ans (mon premier roman, Les Post-humains, a été publié en 1998), je me suis contenté d'écrire pour me faire plaisir et faire plaisir aux lecteurs potentiels, sans jamais me demander ce que cela impliquait, pour moi, sur un plan personnel. Mais maintenant, je vis de ma plume. Plusieurs dizaines de milliers de lecteurs lisent mes livres. Je ne peux plus le vivre de la même façon, avec une certaine insouciance. L'écriture est devenue ma vie, ma vie de tous les jours, et je dois apprendre à me construire avec elle. Le résultat est sans doute que je me mets de plus en plus en danger dans ce que j'écris, que je mets de plus en plus de moi-même dans mes livres… Les acteurs disent souvent qu'au début de leur carrière ils en font trop, ils " surjouent ", puis petit à petit ils apprennent à se rapprocher d'eux-mêmes, de l'humain qu'ils sont, et que leur jeu devient plus juste… Leur je devient plus juste, ai-je envie de dire !
C'est, je l'espère, ce que je commence à faire dans ma vie d'écrivain. Mes romans me ressemblent de plus en plus, et un jour, je serai mes romans. Ou quelque chose comme ça, d'un peu moins prétentieux... Cela ressemble peut-être à une crise aiguë de mégalomanie, mais je crois qu'à trente trois balais, il est grand temps que je mette un peu de sens à mon métier, non ?

Avec 200 000 exemplaires vendus (toutes éditions confondues) pour La Moïra, on peut parler d'un énorme succès. Comment expliques-tu cet engouement et comment le vis-tu ?
Je le vis très bien, merci. Mon banquier me harcèle beaucoup moins ces derniers temps, encore que… Je ne roule pas encore sur l'or !
Expliquer cet engouement, c'est difficile... Je crois que j'assume simplement le fait que je fais de la littérature populaire, que j'aime ça, et que j'y mets beaucoup de sincérité, en parlant simplement de ce qui me touche, ce qui me plait, ce qui me fait peur, ce dont je rêve… et en espérant que d'autres se reconnaîtront dans mes angoisses comme dans mes espoirs. Sur les 200 000 exemplaires de La Moïra, l'édition club, chez France Loisirs, a joué un rôle très important… ce qui montre, je crois, que ces romans sont vraiment de la littérature populaire, que les gens y trouvent un plaisir de lecture réel, simple, un plaisir d'évasion, d'émotion. Et je ne demande que ça ! Gallica semble en passe de rencontrer un succès encore plus grand, et mon thriller Le Testament des siècles, qui a mis plus de temps à démarrer, est en train de dépasser le succès de La Moïra
Mais face à ce " succès ", je reste (du moins je l'espère, c'est à toi de me le dire, non ?), assez réaliste, et donc humble : c'est certes une réussite très importante pour des romans de Fantasy, mais je reste un parfait inconnu du monde littéraire et médiatique, et d'autres, comme Jean-Louis Fétjaine, ont connu des succès beaucoup plus grands.
Ce qui a changé, je te le disais, c'est mon rapport à l'écriture, à mon métier. Mon rapport aux gens, lui, reste le même, du moins il me semble ! Je vais dans les mêmes festivals qu'il y a cinq ans, sans jouer les stars, je vois les mêmes potes, je dis les mêmes conneries… Simplement, il y a plus de monde à mes séances de dédicaces. Et encore ! Parfois, je retrouve la douce humiliation du fiasco total, à signer trois livres en une après-midi au Virgin Megastore de Toulouse… De belles petites leçons d'humilité ! Tout comme passer deux heures à dédicacer un livre à côté de Richard Bohringer, qui, lui, en signe dix fois plus que toi en parlant très très fort…

Ce succès reste en effet assez discret, médiatiquement, à l'instar de ce qui se passe pour le roman de terroir ou le sentimental. Ça ne t'agace pas un peu ?
Pas vraiment. J'ai l'impression d'avoir déjà beaucoup de chance… L'essentiel pour moi est de vivre de ce que je fais et de rencontrer des lecteurs heureux. Sur ce plan, je suis réellement comblé ! Je ne recherche pas particulièrement de reconnaissance médiatique. Avoir encore plus de lecteurs, oui, ça, je le souhaite, parce que j'assume pleinement mon envie d'être lu et de gagner correctement ma vie ! Mais avoir des articles sur mes livres dans tous les magazines, cela ne m'excite pas plus que ça... Bien sûr, il ne faut pas non plus exagérer… Avoir de la presse, c'est toujours agréable ! Mais disons que ce n'est pas au centre de ma vie. Cela me hante moins, par exemple, que Bernard Werber, qui, lui, souffre réellement du décalage entre son énorme succès public et sa quasi-inexistence médiatique. Bon. Il faut être honnête : je rêve un jour d'aller faire le con au numéro 98 du faubourg Saint Honoré. Ardisson me fait vraiment marrer. Mais ne le répétez à personne.

Les droits de traduction de La Moïra sont vendus à l'étranger en six langues, et d'autres vont venir. C'est plutôt rare pour de la Fantasy adulte. Qu'est-ce que tu éprouves quand tu reçois tes romans en tchèque, par exemple ?
Une immense joie ! Vraiment ! C'est jouissif de voir vos romans voler de leurs propres ailes, comme ça, loin de vous, et vivre une vie qui vous échappe complètement ; tiens, on dirait que je parle de mes enfants !
Hier, par exemple, j'ai découvert le titre que les allemands ont choisi pour la traduction de mon thriller Le Testament des siècles. J'étais sidéré ! Das Jesusfragment. Si un jour on m'avait dit qu'il y aurait le mot Jésus dans un de mes titres de roman !!
L'idée d'être lu par des gens dont je ne parle même pas la langue est vraiment excitante… Aujourd'hui, mes romans ont été achetés par des éditeurs des quatre coins de l'Europe : Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Grèce, République Tchèque, et même en Turquie et en Russie… Franchement, je n'aurais jamais imaginé ça il y a cinq ou six ans. L'Agence de l'Est, qui s'occupe des droits étrangers de mes romans chez Bragelonne, y est pour beaucoup ; c'est important d'être bien représenté… Le métier d'écrivain est un métier étrange où l'on vous demande à la fois d'être un créateur et un bon négociateur, car chacun de vos livres entraîne potentiellement des dizaines de contrats (édition originale, réédition en poche, en club, traductions, droits d'exploitation audiovisuelle…). Je suis, moi, très mauvais négociateur. Et quand j'ai la chance de trouver des gens qui se chargent de le faire pour moi et qui le font bien, je dois t'avouer que je suis très soulagé ! Tu les remercieras de ma part…

Qu'est-ce que c'est, la Fantasy, pour toi ? Qu'en fais-tu dans ton œuvre ?
La Fantasy a longtemps été pour moi un genre fabuleux, la forme la plus moderne du roman d'aventure - comme je le criais partout - qui laissait beaucoup de place à l'imagination débridée des auteurs comme des lecteurs. Aujourd'hui, je n'en ai, sincèrement, plus rien à faire ! Le mot " genre " ne m'excite plus particulièrement ! Je ne parle plus de Fantasy avec mes lecteurs, et eux se moquent d'en parler, pour la plupart. Non, quand mes lecteurs et moi nous rencontrons, nous ne parlons pas des genres littéraires : nous parlons de la vie. Et franchement, c'est mille fois plus intéressant que de savoir si, quand un dragon a un boulon dans l'aile, ça fait de la Science-Fiction ou bien ça reste de la Fantasy… J'aime la Fantasy, elle fait partie de ma culture, et je ne me mets donc pas de barrière, ni pour en lire ni pour en écrire. Mais je n'y mets plus la fierté communautaire que j'y mettais peut-être un peu jadis… Encore que j'ai toujours défendu l'idée que ce n'est pas un genre qui fait la qualité d'une œuvre ! Quand j'ai créé Science-Fiction Magazine, je n'ai jamais prétendu que la SF ou la Fantasy comptaient plus pour moi que n'importe quel autre genre. J'avais juste envie de défendre, là, en France, l'un des pans de la littérature qui m'excitaient, mais il y en avait déjà bien d'autres. Je lisais Jacques Laurent, Philip K. Dick, Marcel Proust et Daniel Pennac dans la même semaine sans avoir l'impression d'être un mutant. En musique, je me comporte de la même manière. A quinze ans, j'écoutais Brassens et Deep Purple avec le même enthousiasme. Aujourd'hui, j'écoute les Flower Kings, Philipp Glass et Jean-Philippe Viret sans me poser de questions…
Je ne dis rien d'autre dans mes romans de Fantasy que ce que je dis dans mes thrillers ou ce que je dirai dans mes romans de littérature générale - car il y en aura. Je dis ce que la nouvelle publiée dans cette revue dit. Je dis que j'aime l'humanité, dans sa triste et magnifique condition, et que je veux la sentir vivre, je veux me sentir vivre, partager avec elle cette seule petite chose qui nous relie tous : nous savons que nous allons crever. La Fantasy permet autant de le dire que le polar. On va crever. Vous, qui lisez ces lignes, moi, qui réponds à ces questions, toi, qui me les poses. On va crever. C'est triste, c'est beau. C'est tout con. C'est comme ça.

Comment as-tu abordé Gallica ? Une suite à La Moïra ou un projet différent ?
Un peu des deux. Il me restait des choses à dire après La Moïra : je n'avais pas complètement tué la magie et la religion ; il fallait que je les achève une bonne fois pour toutes, et c'est en partie ce que j'ai essayé de faire dans Gallica. Dans Gallica, la magie disparaît une bonne fois pour toutes, quant aux religions, je crois avoir dit clairement dans ces livres ce que je pensais d'elles… J'ai un immense respect pour la foi, ce sentiment si personnel et si secret, indicible. Et je n'ai plus aucun respect pour les religions, pour aucune d'elles, Islam, Christianisme, Judaïsme, ces immondes outils guerriers de manipulation des peuples.
Mais il y a aussi bien d'autres motivations à la source de Gallica. D'abord, je voulais faire un roman de merveilleux historique qui fût inscrit dans le territoire français. Couper les ponts avec maître Tolkien et renouer un peu avec Chrétien de Troyes, en d'autres termes. Attention. Ce n'était pas du tout du chauvinisme : je me fous des frontières et je n'ai aucune fibre patriotique… Je n'étais pas objecteur de conscience pour rien. Simplement chaque roman puise dans des matériaux différents, et il me semblait que la France et tout ce qu'elle a de simplement merveilleux n'avait pas été suffisamment visitée par les auteurs de Fantasy modernes… Ensuite, j'avais envie de parler des Compagnons du Devoir, de façon symbolique. Je me sens philosophiquement très proche des penseurs français de la franc-maçonnerie des 18ème et 19ème siècles, de leur humanisme, de leur amour du doute et de la raison, de leurs efforts - parfois inefficaces, il faut bien l'avouer - de fraternité. Or, eux-mêmes avaient hérité beaucoup du compagnonnage. Bref, c'était pour moi l'occasion - originale je l'espère, car il ne me semble pas que la question ait déjà été abordée en Fantasy - de rendre un certain hommage à ces frères venus d'un autre temps…

Tu as donc situé Gallica dans la France du XIIe siècle et ses légendes. N'est-ce pas très contraignant quand on écrit de la Fantasy ?
Pas du tout, au contraire ! Tout est déjà là ! Je me suis amusé comme un fou à transformer tout ça, à faire mes petits mélanges pour mettre un tout petit peu de merveilleux dans une époque qui, déjà, nous fait rêver.
Comme tu le sais, c'est un stéréotype du genre que de mettre au début d'un roman de Fantasy une carte détaillée de l'univers imaginaire qu'on décrit… J'ai beaucoup ri, moi, à l'idée d'y mettre la carte de France !
Et puis petit à petit, tout a pris sa place. Les templiers (à qui je règle leur compte), les cathares (qui finalement, en prennent aussi pour leur grade), les Compagnons, les troubadours, Alienor d'Aquitaine, Henri Plantagenêt, Louis VII… Tous ces éléments étaient un décor idéal pour l'histoire que je voulais raconter ! Nous avons dans l'histoire de France et dans notre imaginaire collectif tout ce qu'il faut pour nourrir un univers merveilleux. Le cadre qui va accompagner nos personnages dans ce que nous voulons leur faire vivre.
L'idée de mettre en scène des Compagnons du Devoir m'a en outre donné une certaine justification pour faire circuler l'action autour du pays, en suivant, symboliquement, le chemin du Tour de France effectué par ces jeunes artisans…

Les loups, c'est une véritable passion ou juste une bonne idée pour un roman ?
Les deux, mon général ! D'ailleurs, la première ne va pas sans la deuxième : je crois que c'est une excellente idée, dans un roman, de parler des choses qui vous passionnent, parce que c'est le meilleur moyen d'être intéressant. Stephen King expliquait que beaucoup de ses personnages étaient profs ou écrivains, parce que c'était les deux métiers qu'il connaissait le mieux au monde ! Mon papa me disait souvent qu'il vaut mieux éviter de parler de ce qu'on ne connaît pas…
En tout cas, oui, les loups sont une véritable passion ; ils le sont vraiment devenus ! Au départ, ce n'était pas le loup en particulier, mais la faune sauvage qui m'intéressait, et surtout, le défi que posait la question de sa survie face à l'homme. Mais maintenant que j'ai découvert cet animal de plus près, je l'aime plus que de raison. Je vais régulièrement les voir, mes loups, dans le parc de Sainte-Lucie en Lozère, ou celui des Monts de Guéret dans la Creuse (où les responsables m'ont même adressé un clin d'œil en donnant à une louve le nom de l'un de mes personnages !). Je les vois grandir, vivre, évoluer dans la richesse de leur vie sociale. C'est un animal magnifique, complexe, libre, et dont le regard me renvoie beaucoup de choses. C'est un regard accusateur, qui me rappelle combien l'espèce à laquelle j'appartiens est égoïste. Combien je suis égoïste. Possessif. Nous sommes pétris dans la certitude sotte que la terre nous appartient, qu'elle nous revient de droit. Pourtant, c'est le contraire. Un Tsunami, et nous voilà de ridicules mouches sous la paume géante d'un tueur indifférent. Nous ne sommes que de ridicules pions qui se prennent pour des rois sur un échiquier qui ne nous appartient même pas. Voilà ce que je lis dans les yeux des loups, chaque fois que je vais les voir. Je ne fais pas du parisianisme débile… J'essaie en tout cas. Je n'accuse pas les bergers d'être responsables de ce que l'Etat Français a aujourd'hui décidé de faire aux loups. Je nous accuse nous, les hommes, pour ce que nous sommes, en général. Des monstres d'égoïsme qui confondent progrès et combustion. Je ne fais pas grand-chose, pour arranger ça. J'essaie un peu, avec mes romans, ou en soutenant la Ligue Roc, l'association de défense de la Faune Sauvage, présidée par Hubert Reeves… Mais c'est bien peu.

Lis-tu les critiques dans la presse ? Qu'en retiens-tu ?
Je fais semblant de ne pas les lire, en jouant l'indifférence, et puis je les lis, comme tout le monde, et je suis heureux quand elles sont bonnes, fébrile quand elles sont pertinemment mauvaises. Ah oui ! J'oubliais : amusé et attendri quand elle sont aussi sottement méchantes que celles d'Olivier Girard et sa bande qui, dans le fanzine Bifrost, essaient depuis six ans - avec un acharnement qui force le respect - d'éreinter mon image et celle de tous ceux qu'ils jalousent parce qu'ils ont beaucoup plus de succès qu'eux… La longévité de cette haine cupide a quelque chose de pathétique qui m'émeut, parce que les gens tristes sont beaux. Et c'est fou ce que ça rend certains tristes, quand on a la chance d'avoir un peu de succès…

Tu as aussi publié un thriller, et tu as d'autres projets en ce sens. C'est le même Loevenbruck qui écrit de la Fantasy et du thriller ? Le thriller, c'est plus noble, plus sérieux, plus vendeur ?
Oui, c'est " le même Loevenbruck ", comme tu dis. Le thriller n'est ni plus noble, ni plus sérieux, ni plus vendeur. Je connais peu de thrillers qui ont rencontré autant de succès que Le Seigneur des anneaux, au cinéma comme en roman. En revanche, je me sens, moi, plus à l'aise dans le thriller, parce que la narration est plus directe, plus proche de notre façon de parler et de penser contemporaine, et parce que la structure du thriller me convient bien, moi qui suis cinéphile. Mais je le répète, je dis les mêmes choses dans mes thrillers et dans mes romans de Fantasy…

A l'avenir, tu penses continuer à écrire de la Fantasy ?
Oui, mais encore une fois, je ne pense plus vraiment en terme de genre. Disons que je vais écrire un autre roman situé dans l'univers de La Moïra et de Gallica. Il sortira sans doute en 2006, et il se déroulera à Paris en 1871… Bref, de la Fantasy au 19ème siècle et, on s'en doute (pour ceux qui se souviennent qu'en 1871, à Paris, se déroula la fameuse Commune…), légèrement engagée.
Deux choses m'excitent dans ce projet. D'abord, faire naître un peu de merveilleux dans cette étrange période. Transporter mes loups, le monde de Djar, l'ambiance de Gallica et de La Moïra dans les barricades du Paris insurgé… Et puis, surtout, tout le monde sait que la Commune est une histoire qui finit mal... Bref, l'intérêt du livre ne réside pas dans l'attente d'un dénouement heureux ou malheureux, mais dans l'idée qui s'en dégage. En allant voir Titanic de James Cameron, tout le monde savait qu'à la fin, le bateau coule ! Mais ce n'est pas cela qui compte… Pas plus qu'on ne s'attend à une fin hollywoodienne quand on lit une tragédie grecque. En somme, je veux écrire mon premier drame. L'idée m'excite beaucoup !
Au fait, il serait bien que tu sois au courant car j'envisage tout de même de le publier chez toi, aux éditions Bragelonne, ce bouquin !

Tu as un rapport très proche et complice avec tes lecteurs. Etait-ce une relation que tu cherchais à établir ou est-ce que tu n'y attendais pas ?
J'ai toujours cherché ça. Mes deux premiers boulots, c'était barman et enseignant. Bref, des métiers où tu passes ton temps en contact avec les gens. Plein de gens. Et j'ai besoin de ça. J'aime les gens, j'aime le monde, j'aime parler, échanger... Or, le métier d'écrivain est extrêmement solitaire. Je suis donc constamment à la recherche du moindre contact possible avec mes lecteurs. Ça me nourrit, ça me sort de la cave obscure où je m'enferme pour écrire ! En outre, je n'oublie jamais qui sont les véritables artisans du succès d'un livre : au fond ce n'est ni l'éditeur, ni le journaliste. C'est le libraire et le lecteur. Je dois donc mon métier à l'un et à l'autre. J'ai l'impression de leur rendre la fidélité qu'ils me donnent en répondant à tous mes courriers et en passant au moins deux mois par an sur les routes à leur rencontre. Et puis, j'adore la moto. Partir en dédicace est une bonne excuse pour faire des ballades ! (NDLA : cette dernière phrase a été dite trois jours avant... un accident de moto lors d'un voyage pour une séance de dédicace... Comme dirait Alanis Morissette : Isn't it ironic ?)



- © 2006 Henri Loevenbruck - Photo accueil © Philippe Matsas agence Opale - Conseils pour l'écriture Votez pour mon site en visitant Fantasy.fr