Goodbye Musk & Zuckerberg…

Goodbye Musk & Zuckerberg, hello Mastodon ! (article recopié depuis mon ultime message sur Facebook…)

Voilà… C’est fini.

Vous vous en doutez, quand vous êtes une personne publique, qui vit exclusivement de sa plume, qui a besoin de communiquer sur son travail pour le faire connaître au plus grand nombre, et que vous avez 19 000 personnes qui vous suivent sur un réseau social, s’en aller n’est pas une décision que vous prenez à la légère… C’est un grand saut dans l’inconnu, un genre de pari un peu fou qui vous donne un vertige terrible. Mais c’est justement cette peur de partir qui, aujourd’hui, me rend physiquement malade. C’est justement en réalisant à quel point nous sommes soumis à l’emprise des réseaux sociaux privés que l’idée d’en être un esclave volontaire me place dans une situation insoutenable de contradiction avec mes convictions propres. Rester ici, en cédant aux opérateurs des réseaux sociaux privés tout ce qu’ils me prennent, c’est fondamentalement contraire à ce que je suis, à ce que je pense, à ce que je ressens, et à ce que je crois.

Cela fait des années que je pense et que je dis à qui veut l’entendre que les réseaux sociaux privés comme Facebook, Instagram ou Twitter, sont à la fois des outils formidables, qui permettent de fabuleuses rencontres entre âmes solitaires, et des outils pernicieux, avilissants, des chambres d’écho virales aux plus viles pensées, des porte-voix aux paroles intolérables, quand ils sont entre de mauvaises mains et mal contrôlés. Cela fait des années que je suis profondément inquiet devant leur fonctionnement intrusif, devant la commercialisation opaque de nos données, le traçage de notre géolocalisation, la malignité de leurs algorithmes qui nous abreuvent de contenu indésirable (et souvent nauséabond), leur modération hasardeuse… Et cela fait des années que je me résigne, malgré tout, à leur suprématie, de peur de vous perdre, vous, mes lecteurs. Mais voilà, aujourd’hui, alors que des alternatives réelles existent, j’écoute un peu la voix de Bohem, et je rêve de liberté. Je trouve, enfin, la force de partir. De partir pour l’ailleurs. Parce qu’il existe un ailleurs, vous savez ? Il existe un monde sans Facebook. Et bon sang, je suis allé voir… je vous jure ! Qu’est-ce qu’il fait bon y vivre !

 

Il y a quelques jours, l’arrivée d’Elon Musk sur Twitter ayant apporté la dernière goutte d’eau qui faisait déborder le vase de ma soumission complice, je me suis dit que j’allais « tenter l’aventure Mastodon » (ce réseau social libre, qui s’inscrit dans le « fediverse », en open-source, interconnecté avec tout un tas d’autres outils libres, et qui n’appartient à personne, sinon à toutes les bonnes âmes qui se fédèrent pour l’héberger), pour voir un peu ce que cela pouvait donner. Au début, je me suis dit que j’allais attendre quelques semaines avant de me faire une idée. Il m’aura fallu bien moins que cela. Cela fait quelques jours à peine que j’ai ouvert un compte sur #Mastodon, et j’ai l’impression de vivre une épiphanie, une évidence et, au final, une libération. Je ne m’attendais pas à vivre l’expérience aussi intensément.  En quelques heures à peine, j’ai eu l’impression d’être Néo, dans Matrix, au moment où il avale la bonne pilule et qu’il se rend compte que, depuis des années, il vit dans une illusion machiavélique… There is no spoon !

 

Aussi, je m’en vais. Je migre dès aujourd’hui totalement sur Mastodon, où ceux qui le veulent pourront me suivre. Je vais éteindre ce mur, ainsi que ceux de mon Twitter et de mon Instagram, en n’y laissant que ce petit message d’adieu. Et je vous promets, ça fait un bien fou !

 

J’espère que je ne serai pas le seul, que, peu à peu, nous serons nombreux à nous désintoxiquer, à prouver que c’est possible, à sortir de cette emprise incroyable que les réseaux privés ont sur nous, sur les gens qui, comme moi, ont le sentiment de devoir exister sur ces plateformes commerciales pour « toucher leur public ». Le vrai défi, pour nous, chers amis journalistes, éditeurs, artistes, écrivains, c’est d’amener justement notre public à se libérer lui aussi de cette emprise.

 

Je ne sais pas quel poids mon choix aura dans cet éveil des consciences auquel j’aspire. Un coup de pied dans l’eau, peut-être. Je vais peut-être me fourvoyer, et finir un peu seul, dans cet autre monde. Mais au moins, je l’aurai fait. Ce n’est pas parce que tout le monde vous dit que c’est impossible que vous ne devez pas essayer.

 

Ainsi, vous ne me trouverez plus désormais que là-bas, sur Mastodon, dans le fediverse, qui, au fond, est bien plus ouvert, puisqu’il permet à tout un tas d’outils libres de s’interconnecter. Autre avantage non négligeable : je gagnerai du temps, aussi, au lieu de m’éparpiller entre Instagram, Facebook, et Twitter, puisque je ne posterai plus que là-bas. Et même si je sais que je perdrai certains lecteurs en route, fichtre, quelle libération ! Good bye Elon, goodbye Zuckerberg, vous êtes tout ce que je déteste le plus dans ce que notre société est en train de devenir…

 

À tous ceux qui ont eu la gentillesse de me suivre depuis tant d’années sur les réseaux, je veux vous témoigner ici mon immense gratitude, et j’espère que vous saurez me pardonner, me comprendre. J’ai vécu de belles heures parmi vous, et je vous en suis infiniment reconnaissant. À ceux qui auront l’envie (oserais-je dire le courage) de tenter aussi l’aventure de la désintox, je veux aussi exprimer ma reconnaissance, et leur dire que nous vivrons sans doute là-bas de bien plus belles heures encore, débarrassés de la course au like, de la prolifération des fake-news (la modération à taille humaine des petits serveurs et la possibilité de bloquer les instances irrespectueuses de la charte du fediverse nous en protègera davantage), de l’affichage de contenu indésirable obéissant à un algorithme tordu, et de ces grosses corporations lucratives qui n’ont d’autre dessein que de vendre des minutes de nos cerveaux disponibles. Mastodon est un logiciel en redistribution libre. Il ne pourra jamais être à vendre.

 

Mon dernier pied de nez : je suis fort amusé de vous annoncer ici mon départ, de profiter du porte-voix que m’offrent les réseaux traditionnels. Pour une fois que c’est moi qui me sers de toi, Mark, allez, fais pas la tête, c’est de bonne guerre !

 

Bonne route à vous tous ! Si, d’aventure, vous voulez me rejoindre, loin de tout ce merdier, suivez un ou deux tutoriels en ligne, créez-vous un compte Mastodon, sur n’importe quel serveur, et venez me retrouver à l’adresse : @loevenbruck@toot.portes-imaginaire.org

 

Libertad !